Retour de quatre jours à Buoux. Une splendide falaise pleine
d'histoires et de pages sans doute encore vierges ! Je pourrais vous
décrire nos quatre jours de grimpe, les voies, les cotations, les longueurs,
mais à quoi bon? Dans un week-end de grimpe y'a que deux solutions : soit
victime d'une bonne gastro, on reste au fond du lit; soit on grimpe, on grimpe,
on grimpe qu'il fasse beau ou qu'il pleuve ! En bref, je n'vais rien vous
apprendre sur le sujet et je préfère me consacrer aux anecdotes et aux faits
divers. Connaissez-vous le cri du M'ouh? La suprématie italienne ? La
canadienne à la tête dure ? L'envoyeur de steak ? Ou le chauffeur fou ? La
réponse est non, je présume. Commençons donc par le cri du M'Ouh…

M'Ouh Ouh Ouh ... Certains rêvent de Sarkozy ou de Hollande, quand
d'autres, bercés par le clapotis des gouttes de pluie, rêvent de Bertrand
Gabillard… Il ne s'agit pas bien sûr ``du bruit doux de la pluie par
terre et sur les toits'', mais du chant entêtant des gouttes tombant dans
les bassines au pied du lit… En effet, le gîte fuit quand il pleut ! Reprenons
cependant l'énigme du rêve. Qui donc peut rêver de Bertrand dans un gîte perdu
au fond des falaises de Buoux ? Eh bien oui Elodie, tu ne vas pas nous croire,
mais il s'agit bien de ton mari Daniel ! Bertrand est à cheval sur un genévrier
dans une tenue que nous ne pouvons décrire dans le blog de V12 et il crie à son
second : "du moooooouuuuuuh, du moooouuuuuuuh!... Daniel fait son possible pour
tenter de le calmer en déroulant des kilomètres de corde, mais rien n'y fait la
plainte du Gabillard continue entêtante : du mmmmouuuuh ouh ouh! Brusquement
Daniel s'éveille en sueur de ce cauchemar et entend venant du dortoir du
rez-de-chaussée, la respiration un peu forte du ronfleur de service : mmmouh
ouh ouh mmmouuuh (de méchantes langues diront qu'il s'agit de moi; c'n'est pas
possible, je suis plongé dans un rêve de papillon !)
Comme vous le voyez les nuits sont assez agitées dans la ferme des Seguins.
D'autant que Dominique, un peu malade, se lève la nuit en se cognant avec une
parfaite régularité à tous les obstacles qu'un charpentier pervers et un
bûcheron -sans doute canadien- ont mis sur son chemin ! Petit à petit
heureusement, elle ira mieux et finira en beauté par un 6b, après trois jours
de galère au fond du lit.

D'un autre côté, on se demande bien comment il nous reste du temps pour
toutes ces nuits agitées, vu que dans la journée nous ne chômons pas non plus,
et, comme dirait Christophe : on envoie du steak grave! (on se dépense sans
compter); on évacue le fat (on boit du Vittel entre deux bières, loin du stress
du travail)…. Même les petits slips qui sont parmi nous ! (NDT: intraduisible
!). Les armées US utilisaient les indiens Navajo pendant la guerre pour
transmettre les messages cryptés. Nous, privé de réseaux de téléphonie mobile,
on tente d'utiliser Christophe pour transmettre les messages : un must !

C'est aussi le choc des cultures. On a un italien qui croie que l'Italie a tout
inventé, de la musique française aux chips, en passant par le rap et le lapin à
la tapenade ! Bertrand -lui encore- le remet à sa place, avec une démo de speed
climbing : 30 mètres de 6b en moins de 3 minutes. Paolo n'en revient toujours
pas et va en parler pendant trois jours ! Comme quoi, Bertrand voit mieux les
prises que les gares ou les clés de voiture… !

Yohan et Anouk nous épatent : après six mois de grimpe, ils sont à Buoux comme
dans leur jardin ! Avant de vous lancer dans une manip de corde, un nœud,
l'installation d'un relai, un triple mouflage sur le glacier de Buoux, demandez
d'abord à Yohan, c'est dans son manuel entre la page 1 et la page 428.
Ecoutez-le, puis demandez tout de même confirmation à Snoop (voir le film sur
http://escalabuoux.com/). Elle
va vous expliquer que oui, c'est pas mal la page256 du manuel, mais bon y'a
quand même un type qui l'a lue et utilisée au pied de la lettre et qu'on a
retrouvé mort, au pied d'une voie !
Nicolas et Anne nous font visiter la plage de Buoux. Daniel m'épate
dans un gros devers et Anne nous surpasse tous en se promenant sans effort dans
les dalles en 6b+.

Les hasards du calendrier ont placé l'anniversaire d'Anne pendant ce
week-end. On en profite pour boire du champagne, souffler des bougies, la
remercier de ce week-end où on a beaucoup ri, en partageant ce moment avec ses
amis provençaux. Notons cependant que notre ami italien a failli passer la
soirée enfermé dans la chambre froide du gîte après avoir cueilli une fleur
dans le jardin. Pratique inventée par les italiens pour propager la
bio-diversité, mais pas encore reconnue dans le reste du monde !

Retour en voiture à la gare, on a tous gardé nos casques. (Devinez qui est au
volant?) On croise une voiture de jeuns qui après nous avoir copieusement
klaxonnés, nous regardent perplexes… ``Chauffe, chauffe, on va les
gratter !" s'époumone Chris (Ben oui, maintenant nous aussi on a un
Chris). "On a beaucoup plus de puissance !", lui répond Nico (citation d'un
grand classique du 20ème siècle)... On rend les clés, c'est fini.

P.S: Oups ... Anne m'explique que j'ai oublié de parler " techniques
d'escalade". C'est le blog de V12, c'est du sérieux. Je vais donc vous
parler de la technique dite du toaster et de la limace. Mise au point par
Bertrand au siècle dernier, cette technique consiste à grimper un dièdre très
fissuré en se glissant au fond de la fissure, tel un toast au fond du
toaster. La progression au fond de la fissure se fait alors par reptation
limacienne. Pour plus de détails, vous savez à qui il faut demander la page…
Attention par contre à la chute: quand le toast est cuit, il peut être
éjecté par le toaster !