Après un long périple (train, voiture) et une pause au col du Lautaret arrosée
d'un brin de génépi nous arrivons au fond du Queyras (à prononcer Kéra sans l's
final) près de la frontière italienne exactement au Roux d'Abriès. Comme
toujours en de telles occasions nous croulons sous les bagages, nous revêtons
nos chaussons (d'intérieur) et l'installation commence.
Nous commençons une semaine de formation d'initiateur au ski de randonnée et
bien malgrè nous la compléterons par une semaine d'étude sur la propagation des
virus au sein d'un petit groupe en milieu montagnard.
L'universalité de la beauté des montagnes avec les couleurs et les premières
senteurs de printemps nous étreint comme à chaque fois. Le gîte domine la
vallée d'Abriès, les cimes sont enneigées, le ciel d'un bleu opale, tout semble
réuni pour une semaine de rêve.
Le groupe est composé en majorité de parisiens auxquels se sont joints deux
Grenoblois. Il se divise en deux groupes, ceux qui sont en formation
d'initiateurs (5) et les <<débutants>> au nombre de trois. Nous
sommes encadrés par Romain, guide de haute montagne à Chamonix (et aussi un peu
Parisien) et Fernando, président de V12.
Une vie très réglée s'établit. Petit déjeuné à 7h00, imposé par le gîte, départ
entre 7h30-8h00 pour les courses à ski, fin des courses vers 14h00,
installation au café d'Abriès pour le débriefing avec convergence vers la
consommation suivante: un café et deux boules de glace à la vanille ! (Le
dernier jour les consommations nous seront offertes) retour au gîte, douche,
re-débriefing, exposés des initiateurs, apéro, dîner à 19h30 puis préparation
des courses du lendemain avec récupération de la météo sur internet et visite
de Skitour pour se donner des idées. On notera que les soirs de préparation, on
pourrait se croire dans une start-up, ordinateurs portables en nombre,
connexion Wi-fi, cartes étalées sur les tables. Les grenoblois sont
manifestement plus aguerris que les parisiens, Skitour, sites météo, logiciels
de tracé de courses n'ont pas de secrets pour eux. L'isotherme zéro va monter
toute la semaine et les bulletins de neige identiques en risque 2-4 vont se
succéder chaque jour. Le dernier jour nous entendrons et verrons les premières
marmottes au soleil.
Pour dérégler cette belle mécanique, il suffit ensuite de laisser la montagne
agir et s'amuser à vouloir ne pas ressembler à son image de papier fournie par
l'IGN. Il faut dire que la perversion des montagnes du Queyras c'est la forêt
de mélèze, un piège à la montée où il est facile de se perdre et un piège à la
descente quand la neige est devenue lourde profonde et impossible à skier sauf
pour le guide chamoniard et Bastien le grenoblois (qui skie cependant trop
serré). Bref, un premier groupe ratera son chemin et finira sur une autre
course que celle prévue initialement. Et l'incident dit de la clairière viendra
perturber une autre course. Pour résumer, Les deux initiateurs partent chacun
sur deux pistes sans se concerter, l'encadrant s'éloigne vers une position plus
ouverte pour voir où il est. Restent au milieu de la clairière les trois
débutants un peu abasourdis car eux savent où ils sont ! La course se termine
cependant par une magnifique arête que nous suivons vers le sommet et par une
descente dans une neige de qualité optimale (si, si, Romain, elle était trop
bien notre neige). Pour être complet il faut rajouter que nous étions ce
jour-là accompagné par Momo (guide) tout juste remis d'une opération du genou
mais qui resta juste en observateur silencieux et manifestement amusé de la
situation.
Cette succession de courses où les initiateurs passent par binôme avec les
débutants est bien sûr riche d'enseignements. Romain n'est pas dans un rôle de
guide mais dans un rôle d'enseignant. Il va sans dire qu'il maîtrise son
domaine à la perfection mais qu'il est soucieux de la transmission de son
savoir et sait alterner causticité, sérieux, ironie et pédagogie. Bref, si un
chef de l'Ensa tombe sur ce blog, il saura où trouver un prof de talent.
De tout cela, j'aimerais pour ma part retenir principalement le point suivant :
il faut être rigoureux, prévoyant, attentif à la sécurité, ponctuel mais ne pas
laisser cela déborder vers le stress et toujours avoir présent à l'esprit qu'on
est en montagne pour le plaisir d'y être et de savourer ces instants. Si on
emmène des débutants en montagne pour du ski de randonnée notre objectif doit
être qu'ils aient ensuite envie d'y revenir.
Le stage se termine par un dé-briefing final avec tour de table, le truc que je
déteste le plus au monde (il y a deux sortes de matheux, les autistes et les
autres). Tous les initiateurs sont validés, même si pour certains il leur est
conseillé une saison en co-organisation. Les débutants se mettent à penser qu'à
leur tour ils pourrons revenir pour devenir initiateurs. Nous repartons vers le
monde bruyant et animé de la capitale. Dans leur housse mes Shaman Movement
(skis) s'endorment, ils rêvent peut-être du jour où ils se transmuteront en
Volkl. Je me mets à repenser au Japon et à Fukushima. Paris à un air de
printemps et de fête. JPC